Dans la droite ligne de sa vocation à proposer des parcours de voyage responsable en Asie du Sud-Est, Asia My Way – Les Voyages d’Angèle s’est engagée dans le rigoureux processus de certification Travelife, comme nous le soulignions plus tôt dans notre article intitulé « Les Voyages d’Angèle s’ouvre un avenir prospère et vertueux avec la certification Travelife ».

Dans le 2e volet d’une interview réalisée en septembre 2023, la responsable du développement durable au sein des Voyages d’Angèle, Coralie Chaponot, nous explique ce que cela implique sur le terrain et en quoi les agences de voyages locales comme Les Voyages d’Angèle ont un rôle important à jouer dans le développement d’un tourisme durable dans des pays comme le Cambodge.

 

Coralie Chaponot, responsable tourisme durable pour l'agence Les Voyages d'Angele
Coralie Chaponot est responsable du développement durable au sein des Voyages d’Angèle depuis mai 2023

 

QUESTION: Qu’attend Travelife du point de vue de l’application de son référentiel au niveau des prestataires ?

Coralie Chaponot : Il est entendu dès le départ que l’on ne peut pas tout appliquer uniformément. Ils [Travelife] ont bien conscience qu’ils doivent s’adapter à chaque pays.
Nous faisons donc au mieux en fonction des aléas du pays et des contraintes en présence.

« il y a des aspects sur lesquels on ne pourra pas changer grand-chose dans l’immédiat et d’autres sur lesquels on peut déjà observer de vrais résultats »

Nous allons le plus loin possible, sachant qu’il y a des aspects sur lesquels on ne pourra pas changer grand-chose dans l’immédiat et d’autres sur lesquels on peut déjà observer de vrais résultats.

QUESTION: Avez-vous quelques exemples pour le Cambodge ?

Sur la question des transports par exemple, il faut savoir que le parc automobile des sociétés de transport au Cambodge est vieux. On parle au mieux de véhicules des années 2010. Autant dire qu’en termes d’empreinte carbone, on est très loin du compte !… Toujours est-il que cela ne nous laisse pas beaucoup le choix parce qu’il n’y a quasiment pas de voitures neuves.

Mais cela n’empêche que nous inspectons quand même les véhicules de nos prestataires, ne serait-ce que pour trouver les véhicules qui sont, dans ce contexte, dans le meilleur état possible.

 

Vue d’une rue de Siem Reap en 2022 après les grands travaux d’aménagement de la ville
Des pistes cyclables pour les vélos ont été tracées durant la crise du Covid sur les trottoirs de Siem Reap et des aires de stationnement sont apparues où s’alignent les touk-touks, calèches et autres Pas’Ap. Photo Les Voyages d’Angèle

 

Un autre gros problème au Cambodge est le recyclage. Il y a peu d’options, notamment à Siem Reap, encore moins qu’à Phnom Penh. Mais ça vient petit à petit.

À Siem Reap, on ne peut pas du tout recycler le verre. Toutefois, des petits business se sont créés qui récupèrent les bouteilles pour les réutiliser. On ne fait donc pas de recyclage proprement dit, mais on essaie au maximum de réutiliser les choses, de les retransformer, pour avoir le moins de déchets possible.

« De nombreux hôtels au Cambodge s’engagent sur la responsabilité en règle générale et éliminent le plastique, trient leurs déchets, cherchent à faire du recyclage »

Je remarque par ailleurs que de nombreux hôtels au Cambodge s’engagent sur la responsabilité en règle générale et éliminent le plastique, trient leurs déchets, cherchent à faire du recyclage à tous niveaux.

Dans certains coins reculés nous avons vu de tout petits homestays bannir tout le plastique possible d’une année sur l’autre !

QUESTION: À votre niveau, que faites-vous pour faire appliquer les principes responsables ?

Nous pouvons difficilement agir sur les contrats entre l’agence et les fournisseurs étant donné qu’il s’agit de leurs contrats, pas des nôtres.

« nous effectuons des inspections pour s’assurer que nous partageons la même vision »

En revanche, nous effectuons des inspections pour nous assurer que nous partageons la même vision et qu’ils travaillent réellement de façon responsable. C’est là que nous pouvons les sensibiliser.

L’avantage est que nous ne sommes pas les seuls. Bon nombre d’agences comme Les Voyages d’Angèle adoptent la même démarche avec leurs fournisseurs. Cela d’autant que plusieurs cherchent aussi à obtenir la certification Travelife.

 

Vue du patio du Treeline Urban Resort de Siem Reap
LeTreeline Urban Resort de Siem Reap fait partie des hôtels que recommande chaudement Les Voyages d’Angèle pour son silence, sa sérénité, et son aspect poumon vert en plein centre la ville. Photo Les Voyages d’Angèle

 

Cela signifie que les prestataires locaux sont de plus en plus sensibilisés, et cela devient vraiment du quotidien. Ils se rendent ainsi compte que s’ils veulent avoir du business, ils doivent se mettre aux normes progressivement.

Le bémol est qu’un même prestataire peut avoir à répondre plusieurs fois au même type de questionnaire. C’est sans doute un peu lourd pour les petites structures.

L’idéal serait que les agences se coordonnent pour leur envoyer un document unique plutôt que de les assommer avec une foule de questionnaires redondants.

QUESTION: Y a-t-il un embryon de démarche dans ce sens ?

Non, pas encore, mais ça fait ça fait un petit moment que j’y réfléchis

 

Des panneaux indiquent les activites et services touristiques sur Koh Trong au Cambodge
Koh Trong est une destination verte par excellence. Cette île sur le Mékong dispose de quelques maisons d’hôtes et propose des activités éco-touristiques du cru. Photo Les Voyages d’Angèle

 

QUESTION: Comment cela se passe-t-il lorsque vous relevez des pratiques contraires aux codes d’éthique ou tout du moins l’esprit « durable » ?

On discute avec eux, on leur explique en leur donnant des exemples, et on peut éventuellement leur proposer de les aider.

Mais on leur fait bien comprendre qu’ils peuvent nous perdre en tant que client s’ils appliquent trop peu des principes que nous nous engageons à suivre en tant qu’agence de voyage responsable.

« on essaie de trouver des solutions, de voir comment on peut les aider, car parfois cela ne tient pas à grand-chose »

Dans les régions recluses par exemple, on se rend compte que c’est souvent une question de moyens ou simplement de connaissances. Dans ces cas-là on essaie de trouver des solutions, de voir comment on peut les aider, car parfois cela ne tient pas à grand-chose.

Même si nous n’en sommes pas encore là, nous n’excluons pas l’idée de créer des projets, lancer une opération pour subvenir à de tels besoins.

QUESTION: Avez-vous des exemples de prestataires qui ont été bannis ?

Non, mais j’ai actuellement un doute sur un fournisseur et nous sommes en train de vérifier cela

 

Voyage train Cambodge Phnom Penh Kampot
Le train est un mode de transport les moins polluant et qui offre à voir des vues magnifiques sur la campagne cambodgienne. Photo Les Voyages d’Angèle

QUESTION: L’histoire nous apprend que des changements radicaux induits dans une société donnée par une culture extérieure peuvent avoir des conséquences néfastes à certains équilibres sociétaux et produire des effets contraires à ceux désirés. Y a-t-il une réflexion sur les limites à respecter dans l’influence exercée sur l’écosystème local pour ne pas générer d’effets pervers ?

Oui, il s’agit en effet d’un sujet délicat.

Maintenant on voit bien que le visage du Cambodge est complètement différent de celui d’il y a 10 ans, et que les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais c’est vrai qu’il ne faut pas perdre de vue cette notion culturelle qui est en l’occurrence très prégnante ici. Il y a un écart énorme entre notre culture et les cultures du Sud-Est asiatique. Les gens n’ont pas forcément conscience à quel point. Et cela vaut aussi bien dans un sens comme dans l’autre !

« la présence et l’implication d’agences locales comme Les Voyages d’Angèle jouent un rôle clé dans le développement d’un tourisme durable dans des pays comme le Cambodge »

Les habitants du Cambodge ne sont pas très connaisseurs de notre culture et nos voyageurs non plus ne sont a priori pas de bons connaisseurs de la culture locale. À moins d’y être confrontés au quotidien comme nous qui vivons ici.

C’est d’ailleurs là que la présence et l’implication d’agences locales comme Les Voyages d’Angèle jouent un rôle clé dans le développement d’un tourisme durable dans des pays comme le Cambodge.

Nos équipes sont composées de gens du cru sensibilisés à ces questions et d’expatriés connaisseurs du pays et de la culture locale.

Nous sommes donc les plus à même à faire passer les messages dans les deux sens ; à créer des ponts de compréhension pour ouvrir la voie vers un avenir durable via le voyage ; à convaincre respectueusement les locaux de l’intérêt de travailler de manière responsable et expliquer aux voyageurs, en leur donnant tous les arguments possibles, qu’un certain nombre de choses sont facilement modifiables et d’autres moins.